Vite, un fix de voyage !

Publié le par Hen Cohen

Je faisais récemment la remarque à une amie clocharde céleste, sachant que pour elle, ce n’est pas une révélation. Cette fille feint souvent de geindre un « i have no home ». Bien sûr, en réalité, elle s’en délecte. Elle fut mariée jadis, à un Allemand. Ils étaient artistes, tous les deux, s’étaient rencontrés à l’école des artistes. Tout était bien. Bien dans sa case, celle qui lui correspond ; à peu près telle qu’elle l’avait imaginé. Je passe les raisons qui flanquent les jeunes couples d’une progeria incurable. Enfin, déception, dislocation, divorce. La vie idyllique, maitrisée, la vie cohérente et absolue s’évanouit.
Elle a aujourd’hui 30 ans. Elle est toujours Américaine, New-yorkaise, avec sa famille à L.A. et ses racines à Taiwan. Elle a maintenant un bon boulot, qui lui impose très peu de contraintes. Elle s’emploie de toutes ses forces à forger sa liberté. Elle a compris qu’elle n’était pas libre de se choisir, de s’assurer son propre bonheur ; elle a donc décidé d’arrêter de donner une direction à sa quête. Au lieu d’œillères, ou de lunette de visée, elle opte pour le mouvement de la toupie : elle tourne sur elle-même les yeux ouverts. Dans sa ronde, les formes et couleurs s’étirent, s’adoucissent et se confondent, ses pas titubants suivent son esprit étourdi.
A l’Alliance Française de Lyon, le professeur débute le cours avec une question facile, pour que tout le monde participe : «  pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le français ? ». Une colle pour notre Kerouaquette. Elle trouve finalement une réponse très honnête : « pour justifier ma présence ici ».
Vous pourriez objecter : « Comment ? C’est la seule raison qu’elle ait trouvée pour venir en France ? quid de la Tour Eiffel, des croissants et du chic français ? ». Ce sont des motivations de vacanciers, pas de voyageurs. Celui qui voyage ne veut pas savoir ce qu’il va vivre, il part à l’aventure. Le voyageur ne part pas chaque année au même endroit, il ne recherche pas le confort et la tranquillité. Qui annule son voyage à cause d’un tremblement de terre(1) ou parce qu’il apprend l’existence d’une chenille tueuse(2)  ne voulait pas voyager. La raison de rester n’est pas plus crédible que la raison de partir citée plus haut.
Qui craint l’incertitude n’aime pas le voyage, ni même la vie d’ailleurs. Partir à l’inconnu est une pulsion de liberté. En plongeant dans un nouvel univers, renoncer au contrôle de sa vie devient plus aisé. Il n’est plus question de planifier, de regretter et de se condamner. L’impression de connaître, de pouvoir anticiper, que ce soit vis-à-vis de soi ou de « l’extériorité », disparaît. Et tel un surhomme nietzschéen, il devient possible de danser au bord de l’abyme, libéré du temps et de l’essence. 



(1) Motif d’annulation de 2 des 4 étudiants en partance pour Lima.

(2) Une Edhec est morte la semaine dernière après avoir marché sur une chenille venimeuse au Pérou. Depuis, j’ai reçu des mails de notre école cherchant à me réconforter et expliquant qu’elle (mon école) comprend que je puisse « craindre de rester dans ce pays ». Précisons qu’une autre étudiante de l’école a précédemment envoyé un mail demandant à l’école de quelle manière elle pouvait se prémunir contre ces aléas « afin de prendre le plus de précautions possible ».

Publié dans Vagabond

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gabo 09/09/2007 11:26

en parlant du perou, tu dois etre arrive je crois non ? et alors ca se passe ? tu danses sur une plaque techtonique ? ou tu squattes la fissure sismique, remplie de chenilles translucides ? bise