Moments Seoulites

Publié le par Gabo

Les premiers moments sont souvent marquées d’une excitation bien particulière. J’ai toujours en tête mon arrivée à l’aéroport JFK de New York et le trajet jusqu’à l’université. La tête collée à la fenêtre du bus essayant de capter les moindre détails : ces boulevards, ce pont, ces grattes ciels, cette énergie que dégage Manhattan. Je me souviens de mon arrivée à Shanghai, ce carrefour où le taxi nous a déposé et s’en est en allé, nous laissant, perdus au pieds de barres d’immeubles uniformes, inhumaines. Jakarta, la nuit sur les bancs de l’aéroport, Berlin, chargé comme une mule, cherchant le numéro 54 de la Linienstraße.

Séoul, n’aura pas échappé à la règle. Je suis trop fatigué pour le 19 :24 qu’affiche l’horloge de mon ordinateur, trop éveillé pour l’heure locale, le 2 :25 qu’affiche ma montre. Je suis au sous-sol d’un immeuble à taille humaine, en haut d’une colline qui surplombe une partie de la ville que je ne vois pas : pas de fenêtres dans ma chambre, je le regrette mais je vais m’y faire, je commence déjà à l’aimer. J’habite en bordure du quartier étudiant de Sinchon, à quelques pas de la marée humaine, du trafic automobile incessant, des ponts piétons aux néons multicolores, des étales de poulpes séchés, des bars flashi, des écrans plasma et autres enseignes colorées, des étudiants coréens achetant ou trinquant… J’ai appelé depuis une cabine à pièce une jeune allemande croisée en début de soirée. Je l’ai rejoins, elle et son groupe d’amis, à OB Park, un bar branché qui t’achèves les pupilles. Bu trois de ces bières sans goût qui te font pisser à l’infini. J’ai discuté avec Chris d’Uruguay, et avec Konrad, un type au sourire sans fin, plein d’entrain, de gaieté et de tactilité. Deux bons types, la tête sur les épaules. Puis j’ai eu le plaisir d’écouter cet expat’ ricain, un produit d’Ohio, qui se vantait de s’être tapé neuf coréennes en quatre mois, et qui ne put s’engager avec aucune d’entre elles car il trouvait leurs parents « un peu trop communistes »… ou « nationalistes »… ou « communautaristes ». A vous de choisir. L’Amérique ? Haine profonde, haine latente, convoitée, imitée ? C’est une histoire de génération.

On ne se démarque pas du groupe, on consomme frénétiquement les mêmes produits : Chanel, Hermès, Vuitton, Gucci et autres luxures, on en raffole, pourvu que ça s’affiche. Copie ou original ? La visibilité suffie, sur le mur, à la télé, au ciné, à la radio, dans les journaux... parce que ça le vaut bien. Il n’y a pas de place pour l’alternative. Les filles batifolent en mini jupes, que vive la chirurgie plastique, le stick de la cosmétique.

Les rues de Sinchon sont connues pour leur densité de bars au mètre carré. Volume à fond, ils s’empilent néons sur néons. Ils se ressemblent un peu trop à ton goût ? Trop commercial hip hop style ? Attends, prends l’ascenseur... Au septieme ou au neuvieme tu trouveras un Jazz Club, ambiance très lounge, ici t’entends ton voisin mais tu payes pour le « silence ».

Tous ces bars c’est pour toi comme pour eux, surtout pour eux. C’est qu’ils boivent et qu’ils boivent les coréens, filles ou garçons, le week end comme en semaine, ils titubent sur les trottoirs, s’endorment dans les pots de fleurs, chantent jusqu’à point d’heure, ça vaut le coup d’œil !

Tout change très vite ici ! On attend encore les premiers graffitis, mais il y a quelques années, se balader main dans la main avec sa petite amie était impensable. Sur la voie publique on échange désormais les premiers baisers...

 

Publié dans Société

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