Les petits vieux

Publié le par Gabo

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Me baladant au gré des stations de métro, je suis tombé par hasard (car ici je fais tout au hasard) sur ce parc de petits vieux près de l’arrêt Jongnosam-ga. Je n’avais jamais vu une telle concentration d’octogénaires. Ils sont des centaines : assis ou allongés sur le sol, des journaux en guise de paillasse ; seuls ou en groupe, sobres bien que très souvent ivres, jouant à une sorte d'échecs coréens, scrutant les passants, attendant que le temps passe ou qu’ils y passent… Certains sont en piteux état, les vêtements déchirés, vautrés à même le sol ils n’ont plus la force de se relever. Ce sont, pour la grande majorité, des vieillards retraités.

Kwang a 78 ans, il a passé toute sa vie à Séoul où il dirigeait un « business » qu’il a délaissé il y a une dizaine d’années. Son anglais est très correct pour quelqu’un qui n’a jamais voyagé. Ses yeux rêvent de voir l’Europe, la France, la Scandinavie, l’Italie, le Danemark. Malgré son sourire qui révèle ses trois dernières dents, Kwang est amer : « old people in Korea are very poor », les jeunes ne s’occupent plus des vieux ici et c’est pourquoi ils se retrouvent tous chaque jour dans ce parc.
 
On me hèle un peu plus loin. Ils sont une dizaine, assis en cercle à boire du Soju (l’alcool local), de la bière et du café. On m’offre un premier verre que je porte tranquillement à mes lèvres. Mais déjà on s’excite autour de moi et je comprends qu’il ne s’agit pas de déguster, je suis un homme et un homme ça boit cul sec. Je vide mon verre d’un trait, on me le rempli illico. J’ai beau protester poliment, sortir un billet pour payer une tournée ou essayer de rendre mon gobelet, rien à faire, je suis invité et pas question de me défiler ! Je trinque, et je trinque… Ils rigolent, applaudissent, m’entraînent par la main et me proposent pêle-mêle piments, cigarettes, insectes séchés, et autres friandises. Je suis un peu perdu, je n’y comprends pas grand-chose, mais j’esquisse tant bien que mal des grands sourires, j’hoche de la tête et je lâche dans le vent quelques mots d’anglais. Lorsqu’un jeune intrigué tente de s’approcher, le petit vieux à l’œil de verre, qui a déjà bien enquillé, se met dans une telle colère que le galopin a vite fait de déguerpir.

Je jette un coup d’œil furtif à ma montre, il n’est que 16h30 et je suis déjà bien amoché. Il faut que je me sorte de ce guet-apens : je m’incline profondément devant chacun de mes hôtes et je lance des « bye bye » à tour de bras ! Je les quitte en titubant, eux ils se retrouveront demain, même heure le gobelet à la main. Un peu plus loin, j’aperçois une ambulance et des médecins qui s’activent autour d’un brancard. Un petit vieux est parti.

Publié dans Société

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maria 14/09/2007 17:58

Super l'article !!!T'écris vraimen troooop bien ..... pas pour rien que t'es mon frère !;-)Gros bisousLili

Ju l'indien 14/09/2007 17:15

émouvant...
intriguant...
remarquable!

Aurélien 14/09/2007 08:51

Ce petit extrait m'a beaucoup touché.