Neocolons

Publié le par Haine

On se plaint souvent de ne récolter par l’immigration que la vermine des pays pauvres : les parasites fainéants et incapables. Mais il faut voir que les pays pauvres se coltinent eux aussi ce qui se fait de pire chez nous, mais en plus nos déchets à nous se prennent pour des chefs providentiels.
 
Homme ou femme sans succès dans son pays d’origine, l’expat’ s’est enfui dans un pays qui le jugera autrement. Que ce soit la Chine ou le Pérou, les ingrédients sont les mêmes et la sauce prend à tous les coups : grâce à la soupe et aux gènes, il est plus grand, plus blond, son accent est craquant, ses manières sont jugées raffinées, son pouvoir d’achat excitant, son sourire grisant.
Il s’est réfugié dans un pays pauvre parce qu’il est avant tout quelqu’un qui s’aime et qui trouve qu’il mérite mieux que l’opinion de lui-même que l’on lui autorise à avoir dans son pays d’origine. Il est parti car il haïssait l’égalité ou même l’infériorité à laquelle il semblait condamné chez lui. Il se rêvait chef adulé, despote éclairé, mais son QI de moineau et son charisme atrophié ne lui ont apporté que brimades et frustrations. C’est comme ça que lui-même a développé son mépris pour les autres, un mépris d’autodéfense, qui se transforme vite en mépris de conquête. 
A peine mis le pied dans un de ces pays complexés par leur économie qu’on veut le sacrer pour avoir daigné venir. Tel Pizarro, il vient piller tranquillement le pays et est déifié par ses victimes. Les habitants de ces pays se dénigrent tant, ont si honte de leur voisin et de leurs ancêtres qu’ils lui offrent spontanément leur corps, leurs biens et leur dignité. Les puissants lui accordent leur confiance, les pauvres lui offrent leur asservissement quasi gratuitement. Ah qu’il est doux et facile d’être un colon !

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