Une plage brésilienne

Publié le par Dubitatif

Je me suis allongé sur de nombreuses plages depuis que je suis sur ce continent : plages pacifiques à l’eau froide du Chili, plages tropicales de l’île de Pâques, chaleureuses en Uruguay mais nulle n’égale la vivacité et l’animation des plages brésiliennes.

La plage c’est ici un art de vivre. On y vient seul, en couple ou en famille, apportant un équipement à la mesure de son envie de plagiste : ceux qui passent la journée complète vont jusqu’à la tente caïdale qui protègera toute la famille du soleil aux heures de canicule.

Mais même les béotiens comme nous, qui débarquent avec les basiques serviettes et maillots trouveront vivres, artisanat et divertissement pour animer leur journée…

En effet, première étape en arrivant sur la plage : le stand du loueur de parasols et, pourquoi pas, le stand du loueur de chaises longues. Il y a quelques stands fixes comme ceux là, disséminés dans la foule, ainsi que quelques débits de boissons situés en fond de plage.

Nous nous frayons un chemin entre les gens. Certains plagistes ont réussi à s’aménager un petit espace pour jouer au foot ou au volley. Nous nous éloignons de ces groupes pour éviter d’être réveillé par un ballon perdu.

Nous trouvons enfin un emplacement suffisamment grand pour accueillir nos serviettes, plantons notre parasol et nous étendons enfin sur le sable brûlant.

Une fois allongé, il n’y a qu’à regarder, le spectacle vient à nous : au-delà du classique « matage » de plage, les vendeurs ambulants de nourriture hurlent ou chantent le nom de leurs produits (« queijo », « helado, helado » ou « choriiii-pan »), des vendeurs de bières et de caïpirinhas défilent, annoncés par le « baile-funk » de leur pousse-pousse où ils conservent fruits et alcool nécessaire à la fabrication de divers cocktails, les artisans se succèdent et rivalisent d’arguments pour vendre colliers de coquillage, paréos, ou autres souvenirs. Des enfants des écoles de cirque et de samba des alentours font leur numéro tous les cent mètres, dansant ou mimant, pour quelques pièces.

Nous repérons une large femme, à l’allure de gitane, qui se déplace en bord de mer, criant un slogan en portugais dans lequel elle semble proposer ses services. Une famille de cinq brésiliens, amusée, la hèle ; elle s’approche d’eux. Elle s’assoit face à son nouvel auditoire : elle est « conteuse d’histoires ». Elle distrait les plagistes durant une petite demi-heure en leur racontant une histoire de son invention. Rodée aux envies et réactions du public, elle n’a aucun mal à faire rire ou faire peur à ses cinq clients, à les tenir en haleine jusqu’au dénouement lors duquel ils pousseront tous un grand soupir et la remercieront chaleureusement avec une grande poignée de réals. Elle repart vers un autre groupe plus éloigné, choisissant probablement une nouvelle histoire de son répertoire, prête à conquérir un nouveau public.

Quelques dizaines de minutes plus tard, un autre épisode atypique. A l’extrémité sud de la plage, nous entendons monter une vague d’applaudissement qui se rapproche progressivement de nous. Les applaudissements sont en fait des encouragements à une femme qui traverse la plage à la recherche de son enfant. Elle marche entre les vacanciers, pleurant à chaudes larmes la disparition de son fils mais criant intelligiblement qu’elle l’a perdu sur la plage, donnant une brève description de celui-ci et implorant quiconque ayant trouvé un gamin perdu de le lui signaler. Elle applaudit pour signaler sa présence et gagner l’attention des gens qui applaudissent en retour pour manifester leur soutien.

La clameur passe et s’éloigne puis disparaît plus au nord. Un quart d’heure plus tard, c’est une nouvelle explosion sonore de ce coté là qui attire notre attention : des cris de joie mêlés à de nouveaux applaudissements à plusieurs centaines de mètres. La clameur monte et s’approche de nous à nouveau : nous voyons bientôt la « femme à l’enfant perdu » revenir avec un grand sourire, un rejeton dans ses bras. Tout s’explique, elle a retrouvé son gamin plus loin sur la plage et est félicité par tous les gens qui l’avaient encouragé dans sa recherche à l’aller. A notre hauteur aussi, les gens l’interpellent et la réconfortent, nos voisins l’invitent même pour un trago durant lequel elle (re)racontera son aventure.

L’ovation qu’elle reçoit est incroyable, cette chaleur populaire me fait frissonner… Dieu, que j’apprécie cette mentalité sud-américaine…

Publié dans Vagabond

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nobrain 28/03/2008 18:10

ouais, elles ont l'air bien sympa ces plages bresiliennes... mais le canape de chez ton pere est pas mal non plus, et la connection internet forte agreable, prraaaa...