Yin et yang

Publié le par Hen

Sur Facebook, j’ai été invité à me joindre au group(e) qui se « bat » pour une « cause » : « Free Tibet ». On m’avait déjà enjoint à stopper le réchauffement climatique, sauver le Darfour, supporter Obama pour les présidentielles, et même boire de la bière pour préserver l’eau. Tout cela est très sympathique, ça illustre notre grande sensibilité. Le must, c’est de se coudre le drapeau tibétain dans le dos ou de faire du Dalaï Lama un citoyen d'honneur de Paris. L’engagement citoyen par excellence.Cliquer sur le titre pour lire la suite

Il y a une seule fausse note, heureusement pas trop jouée par nos chers médias indépendants : il n’y a aucun paysan tibétain qui se révolte. Que des religieux et des aristocrates, des propriétaires. C’est vrai que le paysan est par définition soumis, il ne connaît pas trop ses droits, et puis il a déjà beaucoup à penser pour subsister. Certes, mais on peut aussi douter qu’il soit si nostalgique de son Tibet d’antan. Avant 1959, environ 95% des tibétains étaient illettrés. Aujourd’hui, chez les enfants et jeunes adultes, ce taux est tombé aux alentours des 5%. De même la mortalité infantile a chuté. Avant 59, le servage, l’esclavage et la torture étaient de rigueur. La justice, c’était le Dalaï Lama ou le seigneur qui l’assurait par-dessous la jambe. Clairement, tout le monde ne flottait pas dans le nirvana. Est-ce à dire que ces montagnards ont été libérés par les chinois ? Les manifestations tibétaines sont à chaque fois durement réprimées, les prisonniers politiques torturés, les nonnes parfois violées, des villages entiers déplacés des zones touristiques pour laisser le champ libre à ces businessmen qui nous ressemblent tant : les Han.
Voilà notre problème : nous nous ressemblons trop. Nos journaux se sont plu à ne relever que les virulences nationalistes de quelques internautes qui appellent au boycott (ce qui rappelle l’appel chinois au boycott des produits japonais de 2005 : ça n’avait eu aucun effet sur le commerce entre les deux pays). Franchement, deux ou trois manifestations de 50 à 100 personnes dans un pays aussi grand, ce n’est pas ce qu’on appelle une insurrection. Et en lisant des journaux chinois pourtant très répandus, on se rend vite compte que le contenu –évidemment pas révolutionnaire – n’est quand même pas aussi virulent et mensonger que ce que l’on veut nous faire croire. C’est sûr qu’en ne lisant que China Daily – le quotidien chinois anglophone – on ne se fait qu’une idée très partielle de ce qui se dit en Chine. Un peu comme si les chinois ne regardaient la France que par la lorgnette du Figaro.
Si on avait voulu faire une critique efficace, qui aie un impact, on aurait quand même essayé de mieux comprendre ce qu’il se passe. Mais c'est vrai que la France n'a pas beaucoup de journalistes en Chine. Je crois que Libé n'en a aucun, le correspondant du Monde se rend aux  cérémonies officielles, point final. Pour l'investigation de terrain, Le Monde a trouvé une méthode low cost : l'appel à témoin.

Publié dans Société

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