Relations franco-chinoises : une inimitié à relativiser

Publié le par hen

Nanning (Guangxi). Vu de Chine, le positionnement insaisissable de la France intrigue. Mais rares sont les Chinois qui confondent la position de notre gouvernement et l’opinion des Français expatriés.Cliquer sur le titre pour lire la suite


A Nanning, où 36 ethnies différentes cohabitent, les habitants que je rencontre n’ont pas l’habitude d’aborder des sujets politiques. Si j’oriente malgré cela la conversation, ils préfèrent souvent être d’accord avec moi pour éviter toute polémique. Mais ils ne sont pas non plus indifférents aux dernières bousculades qu’a subi leur pays. La page de contacts MSN de ma femme est assez éloquente : sur la cinquantaine de chinois (Taiwanais, Hongkongais, immigrés et expatriés compris), vingt et un ont ajouté « China » au nom de leur avatar !

Julien, jeune Français de 28 ans, est installé à Nanning depuis cinq ans où il travaille pour une entreprise importatrice de vins. Ses activités commerciales n’ont « pas du tout été affectées » par les derniers événements. Selon lui, les positions extrémistes de certains internautes ne sont pas représentatives de l’opinion publique. Mais il admet que les réactions agressives qui ont immédiatement suivies le passage de la flamme à Paris ne sont pas négligeables. En voyant les images des manifestations pro-tibétaines, Julien a rédigé sur son blog une note en mandarin pour souligner la distinction entre l’opinion générale des Français et les faits des protestants médiatisés. En une journée, son site enregistre plus de mille connections. Les réactions des visiteurs sont très violentes. Heureusement, les premiers commentaires injurieux rédigés sous le coup de l’impulsion laissent place les jours suivants à des remarques plus réfléchies.

Si les nationalistes extrémistes n’ont pas vraiment l’air de courir les rues, beaucoup d'habitants de Nanning me font part ces derniers temps de leur « surprise ». A l’image du substitut du procureur de la région du Guangxi qui me fait remarquer sur le ton de l’étonnement : « les relations franco-chinoises étaient très bonnes jusqu’à ces dernières semaines » ; « pourquoi une telle inimitié soudaine ? » me demande aussi un chauffeur de taxi. Comme cela l’a été dit par Pierre Haski, le message français adressé à la Chine aurait pu être plus cohérent. Car, jusque là, quand il s’agissait de signer des contrats, les droits de l’homme en général et la situation de la région autonome du Tibet en particulier avaient été complètement éludés. Il n’était pourtant pas si compliqué de simplement rappeler les devoirs de tout pays membre de l’ONU et même de l’OMC. Sans compter que rien ne permet de penser que cela aurait nuit aux échanges commerciaux, comme en témoignent les prises de position de l’Allemagne, premier partenaire commercial de la Chine.

Au lieu de tenter de nous faire entendre en conservant une certaine constance, nous avons été victime de notre censure à nous : il faut être « dans le vent », et surtout vendre ! Si l’on ajoute à cela le re-traitement de l’information par les médias officiels chinois, l’incompréhension n’a vraiment plus rien de surprenant.

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