Le royaume des vieux

Publié le par hen

Lundi, 8h15. 

Je m’arrête devant une place de parking. Je pourrais entamer mon créneau, mais je ne veux pas que le vieil homme arc-bouté s’effraie en voyant mon pare-choc passer près de lui. J’ai baissé ma musique de sauvage et affiche mon sourire le plus patient. L’ancien n’est pas convaincu et ralentit encore le pas pour me dévisager.

A l’intérieur du supermarché, le vacarme des transpalettes pressés fait renchérir le brouhaha des retraités.Cliquer sur le titre pour lire la suite

Marie-Louise a trouvé les pêches blanches que voulait Geneviève, mais Geneviève regarde ailleurs :

« Wouhou ! Geneviève, elles sont là, hey hey ! Genevièèèèèève »

A l’étal adjacent, Louisette doute franchement de la fraîcheur des melons. L’employé qui passait par là se fait tancer longuement.

En passant vers les fromages, je croise deux ancêtres qui s’expriment avec virulence. La petite-fille de l’un d’eux les observe, intimidée. Ce que je croyais d’abord être des titillements de vieux amis se révèlent être une dispute en bonne et due forme :

-         Mais c’est mon chariot !  

-         Ah non, je regrette, c’est le mien !

-         Vous rigolez ?! je vous prie de lâcher immédiatement mon chariot, non mais oh! Vous vous foutez de moi ?

-         Ah ouais, je me suis trompé !

-         Ben alors, enfoiré, tu voulais me le piquer, hein !

-         Oh, ta gueule connard !

L’homme au chariot repart, expliquant à sa p’tiote que son agresseur voulait clairement lui chiper son chariot plein de marchandises. L’autre homme explique à sa femme, à voix très haute pour que les chalands interloqués puissent entendre :

« Il y en a qui ont un pied dans la tombe et qui veulent encore tuer tout le monde ! A cet âge, il devrait être interdit de s’énerver. Ce con croyait que je voulais lui voler son caddie ! […] Arrivé à un certain âge, il y en a qui mériteraient un coup de fusil ! »

Une fois mon panier plein, j’attends dans la file de la seule caisse ouverte. Quand la caisse voisine ouvre, ma vivacité de jeune me fait arriver, sans me presser, premier dans la nouvelle queue. Ca me coûte un regard chargé de reproche par celle qui était auparavant devant moi.

Une autre dame s’avance vers moi en brandissant son sac cabas. Pleine d’entrain, elle s’adresse à la caissière :

        -       Vous ne devinerez pas ce qui m’arrive ! Je suis venu sans mon porte-monnaie !

-         Et ce n’est pas ici que vous trouverez quelqu’un pour vous payer vos courses ! rétorque l’hôtesse de caisse.

-         Si, ma copine me l’a proposé, mais j’ai refusé. Ca me donnera l’occasion de revenir demain. Pour mes pertes de mémoire, mon médecin  m’a prévenu que passé 80 ans, je ne pouvais pas espérer accuser Alzheimer ! lance-t-elle dans un rire joyeux qu’elle nous adresse à tous.

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Ma Cocotte (et alors ?) 02/07/2008 17:15

La petite dernière, c'est tout moi :D