Au hasard des rencontres (2)

Publié le par hen

Résumé de l'épisode précédent : La veille, Jeannot le suisse a trouvé ce qu'il ne cherchait pas et s'en est senti comblé. Dès le lendemain, il arpente les rues à la recherche de sa surprise du jour.

L’accent traînant de Jeannot n’est pas nécessaire pour deviner qu’il n’est pas d’ici. Le jeune homme, Alberto, est plus grand que le gars de la veille, sans non plus dépasser Jeannot de beaucoup. Il est plus costaud par contre, et ses petites lunettes n’arrivent pas à lui donner un air intellectuel. Inventant sans originalité qu’il a justement des amis Suisses, Alberto se débarrasse rapidement de l’introduction pour sonder la liasse sur pattes. Herbe, crack, cocaïne, filles. Après les hésitations d’usage, Jeannot décide de couper court à la monotonie de l’avenue rectiligne et suit Alberto qui monte dans un taxi.

Il est 18h, il va bientôt faire nuit, les routes s’engorgent de taxis hurlants et de minibus asphyxiants. Jeannot a collé son nez sur la vitre. Il regarde encore d’un œil intrigué ces petits combis pleins à raz bord, souvent rouillés et sales, mais toujours décorés de belles bandes de couleurs, avec des directions incertaines peintes en lettres calligraphiées. Ce qu’il savoure le plus, c’est le message inscrit à l’arrière de chaque véhicule, collé sur le pare-brise ou peint sur la carrosserie. Beaucoup sont religieux, du genre « Dieu est Amour », mais il préfère les dédicaces aux parents, à l’amoureuse ou aux enfants. C’est quand même mieux que les plaques d’immatriculation sur les autoroutes de son comté. Son regard s’attarde sur une petite dame usée qui tente de convaincre les automobilistes de prendre leur mal en patience en achetant un chewing-gum. Il n’évite pas le parallèle et remarque que les gens sont comme les voitures, ils ne sont pas aussi lisses que chez lui.

             Lire la suite...

 

Avachi sur le vieux sofa enveloppé d’une couverture multicolore, Luis ravale la remontée acide de son rot retentissant. La journée a été longue, pleine de minutes étirées par le mauvais temps et le froid. Coup de téléphone. Il écoute attentivement puis raccroche sans rien avoir dit. Rendez-vous dans 45 minutes. Il se dit qu’il a largement le temps de finit sa bière Cristal avant de remettre son uniforme.

 

Après un coup de fil passé à sa cousine pour la rassurer, Alberto envoie une tape sur l’épaule du blondin rêveur. Elle est bonne celle-là, non ? interroge Alberto exhibant une vidéo sur son portable. Jeannot a beau regarder, les deux paires de fesses agitées et piquées de cellulite ont du mal à lui faire décrocher le sourire coquin de rigueur. Il a plutôt envie de rentrer chez lui, rester éloigné de ces quartiers pauvres qui se dressent devant lui et respirer autre chose que les vapeurs d’essence qui s’accumulent dans l’habitacle. T’inquiètes pas, anticipe Alberto, on est bientôt arrivé. Le pire, c’est que c’est vrai ! Le taxi les abandonne vite dans une rue sans éclairage, envahie de papiers gras et d’odeurs suffocantes. Rapide aller-retour d’Alberto, le suisse sur un banc, soigneusement encapuchonné comme il lui a été recommandé. Alberto tente de dissimuler comme il peut son excitation, son esprit tordu lui dit que s’il avait une deuxième queue, il la remuerait. Il l’emmène comme prévu dans la petite rue de l’épicerie, bien sûr fermée à cette heure. Le jeune contrebandier ne doit commettre aucune erreur, tout est minuté. Mets ta main en creux! le ton autoritaire prend sur le petit blanc. Alberto y verse grossièrement le contenu d’un sachet. Aussitôt, il est percuté par l’arrière, des cris, deux claques, un coup de crosse de revolver dans l’épaule. Témoin bête, Jeannot ne voit que le pistolet et le képi, il est hypnotisé. Son seul réflexe est de tendre sa main pleine au képi armé.

 

A suivre

Publié dans Portraits

Commenter cet article