Paroles de Chefs

Publié le par Gabul

Tiraillée entre un héritage confucianiste fort et un désir de s’en émanciper, la Corée du Sud cherche sa voie et veut se forger sa propre identité. Ses enfants doivent y contribuer et pour ce faire on les exhorte au succès...


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« Ecoute les success stories autour de toi et adaptes les à ta vie. Si tu peux raconter plus de 100 histoires, alors le succès viendra à toi ». C’est avec ces mots que Tong Hyung Lee, directeur général de l’entreprise high tech coréenne Vision, débute son discours devant les élèves de l’aSSIST. Chaque mois, les étudiants de cette jeune école de commerce ont rendez vous avec un modèle de réussite coréenne : le PDG d’un chaebol [1], un ancien ministre, un professeur d’une université prestigieuse. En quelques heures celui-ci livrera en anglais quelques anecdotes et surtout ses précieux conseils pour réussir.

« J’ai travaillé dur, raconte Tong Hyung Lee, j’ai travaillé 16 heures par jour, même les week-ends. Vous devez écrire votre vision et l’accrocher aux murs pour la lire chaque jour. Ce qui importe c’est sa qualité, et plus tard, la vision de vos employés devra correspondre à celle de votre entreprise. »

Patriote convaincu, Jung Uck Seo, ancien ministre des sciences et de la technologie de Corée, s’adresse en ces termes aux étudiants : « Le pays doit être à la pointe de la technologie et du savoir, car sinon nous perdrons notre dignité. Quelqu’un d’autre viendra et vous ramassera. […]C’est mon devoir et c’est mon honneur de servir mon pays. »

L’ex PDG de JP Morgan Chase Korea, Dong Jin Kim, insiste lui sur la ligne de conduite à adopter par les futurs entrepreneurs : « Nous devons davantage et seulement nous préoccuper des lois. Se préoccuper de la morale n’est pas profitable pour l’entreprise. Tant que votre business est légal vous n’aurez pas de problème. La légalité est ce qui compte le plus, ensuite vient la réputation, bien avant la morale [2] ».
Pour faire du business en Corée, il faut également tenir l’alcool. Se saouler est entré durablement dans les mœurs et Dong Jin Kim se charge de le rappeler aux étudiants : « Pour entretenir vos relations professionnelles, vous devez savoir boire. Moi je bois beaucoup et je ne fais du business qu’avec ceux qui aiment le Poktanju ![3] »
Et pour finir, le patron exhorte les étudiants à faire de leur vie un chef d’œuvre : « Nous devons accomplir quelque chose dans notre vie. Votre vie doit être un succès ! »


Tout est soigneusement mis sur papier par les élèves. Ils ont déjà quelques années de vie active derrière eux et s’ils ont décidé de se replonger dans les études, c’est pour décrocher un MBA afin d’augmenter leurs chances de carrière et bien évidemment leurs salaires.
Habitués à bachoter depuis leur tendre enfance, ils travaillent avec acharnement, en semaine comme le week-end. Certains ne quittent même pas l’enceinte de l’établissement, ils passent la nuit sur les bancs de l’école avant de se replonger dans leurs devoirs.
« Travailler dur » est le credo de tous les ages : les enfants du collège ont souvent des cours de soutien jusqu’à 22 heures et les parents (principalement les hommes) s’éternisent au boulot, avec des semaines qui dépassent généralement les 44 heures légales. Des pays de l’OCDE, la Corée du Sud est celui où l’on travaille le plus.
Lorsque j’interroge mon camarade Sungpyo Shon sur le rythme effréné de ses journées, celui-ci me répond : « je crois que nous travaillons trop en Corée, mais nous ne le savons pas. C’est comme ça. »

On encense le succès, on stigmatise l’échec. Pour un enfant, un tel discours n’est évidemment pas sans conséquences. Une étude du ministère de l’éducation nationale parue en 2002, a révélé que plus de la moitié des élèves avaient pensé à fuguer, et qu’un tiers avait déjà envisagé de se donner la mort. Le suicide est ainsi la première cause de mortalité chez les jeunes de 20 à 30 ans. Le pays est d’ailleurs en tête du nombre de passages à l’acte parmi les membres de l’OCDE.

 



[1] Conglomérat coréen

[2] Ironie du sort, Dong Jin Kim a récemment été inculpé par la justice pour des magouilles financières

[3] « L’alcool Bombe », un verre de bière dans lequel on fait flotter un petit verre de whisky

 

Publié dans Société

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Ju l'indien 28/07/2008 13:08

Un éclairage intéressant...Entre autre, la partie sur la (non-)importance de la morale!
Ne dit-on pas que le travail c'est la santé...C'est une forme de propagande occidentale subtile aussi, non?