Les libéraux font leur révolution

Publié le par Jéremie marais

 

Les étudiants en école de commerce ne sont plus en reste de la contestation qui plane dans la jeunesse. Sûrement frustrés d’avoir manqué le formidable élan de cohésion qui s’est exprimé ces dernières semaines, ils ont enfin trouvé, hier, le moyen d’élever la voix. Certes, ils n’ont pas encore de mouvement organisé ni de courant de pensée. Mais ce qui s’est passé ce vendredi 24 mars à l’EDHEC (l’une de nos cinq grandissimes écoles de commerce) risque fort de devenir l’acte fondateur d’un rite contestataire qui pourrait tenter régulièrement la soi-disant élite. Dans un amphi stressé par trois jours d’examens intensifs, à l’heure de l’épreuve de géopolitique, les « EDHEC » se sont offusqués du fait que leur sujet ne soit pas un QCM comme prévu mais une dissertation, chose qu’ils n’avaient pas vu depuis quelque temps. L’heure était grave. A les entendre, on aurait dit que la République en était menacée.

 

Ce qui est le plus remarquable dans cette rébellion, et pour tout dire, assez soulageant, c’est qu’elle présentait la même configuration que n’importe quel autre mouvement contestataire. Vous aviez d’abord le leader, Hélène Maslin, une élève d’habitude travailleuse et disciplinée, qui portait dans ses « argumentaires » la voix de tous les mécontents. A émergé ensuite un timide contre-mouvement, ceux qui voulaient malgré tout composer.

La voie médiane s’est retrouvée en la personne de Julie Ravat – « Il est possible de contester un examen après l’avoir passé » nous a-t-elle gentiment expliqué. Ravat, le réformisme sincère et poussiéreux de Voisin ou l’opportunisme inconscient de Chérèque ?

Puis, avec une rapidité peu commune, d’autres se sont levés pour défendre leurs intérêts particuliers, comme cet étudiant étranger réclamant que les débats soient tenus en Anglais. Enfin, il y avait la majorité hésitante ou peureuse – dont j’étais – qui discutait, se levait puis se rasseyait sans savoir que faire devant ce nouveau spectacle.

 

 

Nous assistions alors à l’expression éphémère du visage révolutionnaire de quelques acharnés du libéralisme. Les mêmes qui, la veille, auraient pu tuer père et mère pour défendre l’efficacité de la « main invisible », formaient pour la première fois un groupe orienté intelligemment vers un objectif donné, loin de leur habituel individualisme – néanmoins moutonnier. Là est la révolution. Non seulement ils ont réussi à mobiliser la majorité de leurs camarades, mais en plus, ils l’ont fait dans la joie, avec cette excitation propre aux mouvements collectifs. Sans doute ont-ils compensé leurs nombreuses années de rigueur forcée.

 

 

 

Mais, trêve de socialisme, ils ont déjà cessé d’inventer l’intérêt collectif et sont retournés à leurs bilans comptables et à la gestion de portefeuille.

 

 

 

 

Publié dans Société

Commenter cet article

Cécile Reyes 13/05/2006 10:39

Il est trop fort cet article. Au moins ça semble bouger dans votre école quand le partiel n'est pas plus!!Nous en fac de maths ça bouge moins, et, au résultat, on une moyenne de 5 sur deux amphis...