Vive la crise?

Publié le par coHen

Où notre système vénéré préfère se rouler par terre pour garder son élan plutôt que de chercher à se relever.

Pas mal de gogos américains se sont fait avoir en croyant ceux qui disaient que leurs emprunts immobiliers se rembourseraient tout seuls. Il y a aussi tous ces petits boursicoteurs qui n’ont pas compris qu’ils sont les dindons de la farce : toujours derniers au courant, toujours prêts à acheter au plus cher et revendre à prix cassés. Eux, on ne peut que les plaindre. En revanche, tous ceux qui ont cru que la patate chaude titrisée ne s’arrêterait de passer de main en main qu’à leur retraite, qui se persuadaient qu’un nom de banque apposé sur un produit financier pouvait faire passer des vessies pour des lanternes, et surtout qui espéraient que la « confiance » en leur machine à sous agirait comme un camouflage du gouffre abyssal, ceux-là méritent un juste retour de bâton.

j’avoue que j’aimerais les voir démunis ces jeunes loups galeux, les voir confrontés à la violence qu’ils engendrent et plébiscitent pour les autres. On aurait bien envie de leur tenir la tête sous l’eau encore jusqu’à ce qu’ils crèvent, comme nous le suggèrent les intégristes du marché, mais on serait alors capable d’oublier de condamner le véritable responsable : le « non-système » financier.

Notre belle télé s’occupe consciencieusement de la conservation du casino mondial : ici, on invite le directeur de Allofinance.com qui jure sur sa mère que la crise n’est rien d’autre qu’une opportunité aux petites gens d’acheter des actions en promo, là on montre notre président jouer à Che Guevara pour qu’on sente bien que dorénavant, les grands managers de multinationales, les agences de notations, les assureurs, traders et brokers vont bien se tenir et qu’il n’y a plus rien à craindre, ailleurs on se réjouit de voir que, miracle, la bourse repart, pressée qu’elle est de repartir à la course aux dollars, malgré son cancer généralisé. Le Marché tout Puissant et omniscient est-il suffisamment dupe pour croire que les états sont capables de se porter garants de toutes les escroqueries des cols blancs ? Si faire confiance aux produits Lehman Bro revenait à se foutre un doigt dans l’œil, croire à la capacité des Etats d’assurer tous les crédits revient à enfoncer le bras jusqu’au coude.

Bah, c’est pas grave, après tout, les oiseaux continuent de chanter, le prix de l’essence baisse et c’est la saison des champignons.

Ca doit être pour ça que notre ministre Made in Wall Street Christine Lagarde s’est autorisée à parler de récession. Au début, elle nous causait de croissance négative, autrement dit une montée qui … descend. Mais c’est vrai qu’en fait, une récession, c’est pas méchant, rien à voir avec une dépression, et encore moins avec la Grande Dépression. Déjà, à l’époque, c’était arrivé un Jeudi Noir, ils étaient mal barrés. D’ailleurs, si on regarde les images d’archive, on voit que tout était en nuances de gris, pas une couleur, une vraie dépression quoi ! Alors que nous, ce n’est pas le cas, il fait beau, et puis il suffit de quelques milliers de milliards de dollars et le Grand Marché arrête de faire la moue. Une récession, ce n’est qu’une inflexion, une courte pause sur le chemin pavé de dollars. Oui, pas de doute, cette crise ne sera qu’un trou normand de l’orgie pantagruélique mondiale.

Non, le vrai problème n’est pas là, tout ceci n’est qu’une mascarade pour nous empêcher de réaliser la gravité de la situation. Seul Jean-Pierre Pernaut a bravé les lobbies en révélant dès hier la monstrueuse menace qui s’abat sur la France : les écureuils coréens envahissent les forêts françaises.   


Vivent les S.E.S.!

Parmi les races de bonimenteurs surpayés à éradiquer, j'ai oublié celle des enseignants de macroéconomie et de finance qui sévissent dans les prestigieuses écoles de commerce. L'éclairage et l'intuition du marché, la diversification et l'absence de risques, l'autorégulation et les harmonies attendues, la bourse oracle de l'économie...sont autant d'inepties matraquées par ces orateurs dévorés par les anglicismes. Le but de cet "enseignement" est d'évincer les questions, la réflexion et la critique pour se concentrer exclusivement sur l'action intéressée, efficace et efficiente.
Si Xavier Bertrand a clamé que le monde marche sur la tête au sujet du système financier actuel, le gouvernement n'a pas l'air de vouloir que les jeunes générations prennent le moindre recul. Et au lieu d'enterrer vivants ces charlatans bronzés aux UV, le ministère de l'éducation voudrait supprimer la seule discipline qui donne aux lycéens quelques grilles de lecture de la société actuelle : les sciences économiques et sociales.
Venez soutenir cette discipline avant qu'il ne soit trop tard en signant la pétition initiée par l'Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales en vous rendant à l'adresse suivante :Pétition pour sauver l'enseignement des sciences économiques et sociales au lycée


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