propagande:pour mémoire

Publié le par henzo

"L'idéal du non contre l'horizon du oui"*

 

On a toutes les raisons de dire non au "traité établissant une constitution pour l'Europe" et elles se justifient tellement facilement:

 

 

 ·le non idéaliste de gauche

 

 ·le non populiste du ras le bol, du non à Chirac (!)

 

 ·le non souverainiste (ah l'Etat-nation)

 

 ·le non fasciste contre la Turquie

 

 ·...

 

 

 

 

 Pourtant, force est de constater les lacunes de l'Europe et les déceptions liées au TCE: l'UE se concentre toujours et toujours plus sur l'objectif du marché, de "la concurrence libre et non-faussée" et pas assez sur le collectif et la redistribution, sur les moyens de conduire des politiques économiques favorables à la croissance et à l'emploi.

 

     Il paraît que beaucoup de ceux qui ont voté pour l'euro s'attendaient à ce que cela conduise à la formation de l'Europe politique, discrétionnaire...Et c'est pourquoi ces mêmes personnes ont l'intention de voter non au prochain référendum! Quand le TCE propose enfin une inflexion vers l'Europe politique (A. Lipietz) par l'extension des pouvoirs du Parlement européen pour plus de démocratie** (cf "liberté des prestations de services" où le Parlement devient codécissionnaire et non plus seulement consulté, rappelons-nous de la commission Bolkestein), ainsi que par une avancée vers "la compétence de la compétence" octroyée à la commission (qui éloigne l'Europe du simple traité intergouvernemental pour élever la commission européenne à une entité interne capable d’investir de nouveaux domaines de compétences), ce n'est pas le moment propice pour exprimer son rejet de la partie 3, c'est à dire de l'aspect qui n'a rien de nouveau! Effectivement, cette partie de la constitution témoigne du fait que l’Europe demeure un regroupement d’Etats nations déterminés à conserver leur souveraineté même si cette situation les dessert objectivement. Ce n’est pas une justification pour autant. Le TCE inaugure une extension du domaine de compétences de la commission (=affaiblissement de la souveraineté, désolé Pasqua) et une dimension parlementaire plus considérable, donc un pas vers la démocratie. Si l’on est lucide quant à l’opinion publique et au paysage politique français et européens (la vieille Europe en tout cas), il apparaît clairement qu’une victoire du non sera perçu comme un rejet nationaliste et non comme un appel à plus d’Europe. Voyez les arguments de ceux qui se disent pourtant pro-européens : L’Europe pour une France en grand !

 

          Ce sur quoi se concentre Jacques Généreux n'est que la continuité du traité de Rome. Et d'ailleurs, refuser  la TCE ne conduira pas, j'en suis persuadé, à une amélioration dans le sens souhaité. L’Europe s’est construite sans les citoyens européens. Maintenant qu’un début de possibilité d’y participer se présente, nous voulons jouer les capricieux ! Le 29 mai n’est pas l’occasion d’un plébiscite de l’Europe néolibérale, mais celle d’un référendum pour se prononcer pour ou contre une Europe politique.

 

           Jacques Généreux identifie un triple déficit auquel la constitution doit remédier:démocratique(que les citoyens puissent réorienter les politiques), économique(que l'on se donne les moyens d'actions comme aux USA) et social(coordination contre le dumping social)***. Cependant, une victoire du "non" serait interprêtée comme le rejet du fédéralisme ou confédéralisme, comme une peur viscérale de l'Europe (cf "n'ayez pas peur" de Chirac aux djeun's). En effet, le rapport de force politique européen penche significativement à droite, le conseil européen a souvent rechigné à ceder des domaines de compétences à la commission** (voir les avancées sociales et fiscales bloquées). Croire que rejeter la TCE sera comme un électrochoc qui poussera à la remise à plat de toutes les priorités de l'UE est séduisant, mais c'est sans compter sur la détermination de la vieille Europe à abaisser à 1% du RNB la contribution budgétaire maximale. Et c'est surtout croire que c'est sur la touche que l'on mène le match! Car si la France opte pour le non, il y a toutes les chances qu'elle reste en marge des avancées de l'UE pour un temps, sans parler de l'affaiblissement supplémentaire de la dynamique européenne.

 

          La constitution n'est pas une avancée de plus dans le néolibéralisme, c'est un cadre juridique qui permettra, à terme, au peuple de s'exprimer sur l'orientation et les priorités de l'Europe (question de l'unanimité en matière fiscale et sociale, réforme des objectifs de la banque centrale).

 

 

*Titre de l'édito de Charlie Hebdo du 13/04/05 par Philippe Val. Edito extrait de l'ouvrage "une constitution pour les lâches".

 C'est à chaque fois un non pulsionnel, qui vient des tripes! Le ventre ne peut nous conduire à voter oui à un compromis qui peut faire l'unanimité, qui n'a rien de radical ni de bandant, car il ne peut être apprécier que par la raison.

 

**pour en savoir plus, le dossier d'Alternatives économiques d'avril 2005 et surtout "la constitution européenne" de A. Lechevalier et G. Wasserman.

 

 

 

 ***cf "le Manuel du parfait européen:les bonnes raisons de dire "non" à la constitution" de J. Généreux ainsi que le débat Frémeaux/Généreux du "Charlie" du 27/04/05

Publié dans Société

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