Mauvais oeil

Publié le par hen


Ca y est, les journaux ont appris la nouvelle! Cet article est paru dans le Times of India de la semaine dernière, en première page. Attention, tout mon texte, mis à part la quantité de drogue et le poste occupé par l'expatriée, est le fruit de mon imagination!

Monique était directrice de l'Alliance française de Chandigarh. Elle avait travaillé dans bien d'autres alliances du monde avant d'être mutée au nord de l'Inde. La grande nouveauté, c'est d'être venue avec son mari, Xavier. C'est la première fois qu'elle ne se contente pas de ce qu'elle trouve sur place, d'ailleurs c'est la première fois qu'elle se marie.

Xavier est écrivain, de ceux qui se reconnaissent par leurs mêches graisseuses, leur regard par-dessous et leur voix éraillée. Suivre sa nouvelle femme dans ses "aventures" n'a pas été un problème, l'idée l'a même vite emballé. Ce voyage serait sûrement l'occasion de nouvelles inspirations, pourquoi pas d'un de ces romans new-age sur la quête de sens qui se vendent comme des petits pains.

Mais l'Inde s'avère décevante. Elle est sale. Bruyante. Elle bouscule, regarde d'un mauvais oeil et ne dit rien d'intelligible. L'inspiration bat de l'aile, leur amour cherche de l'inspiration. L'argent ne manque pas, mais il n'est pas omnipotent, il parait ne servir à rien. Ces euros convertis en milliers de roupies n'affranchissent pas du bruit des klaxons ; la plus belle Honda reste coincée dans les embouteillages mêlant chaotiquement Rickshaws, taxis, motos, charettes à bras, bus bondés. Lors des coupures d'électricité, tout le monde croule à égalité sous les 45°C tout trempés.

Devant des pages blanches qui ne se souillent que de gouttes de sueur, Xavier veut retomber dans sa jeunesse vigoureuse, retrouver cet espoir d'un avenir, quand il pouvait espérer qu'un talent indéniable se révélerait. Il se met en tête de se remettre à fumer ce qu'il appelle de la Marie-Jeanne. Aaahh, et si sa femme pouvait y prendre goût, ce serait d'une pierre deux coups.

Monique subit le désespoir de son conjoint, à quoi s'ajoute sa propre frustration de ne plus pouvoir ramener de jeunes éphèbes, son lit étant déjà squatté par l'écrivaillon inutile. D'irrascible, la directrice a dérivé vers le tyrannisme auprès de ses employés. Indiens ou expatriés, les travailleurs sous ses ordres subissaient ses humeurs sans broncher.

La frustration sexuelle s'exprimait par une psychorigidité organisationnelle : ne supportant pas d'avoir à faire aux autres, refusant toute adaptation, Monique avait, sur la fin, pris l'habitude de rédiger des fiches quotidiennes pour chacun de ses employés. Y figurait la liste exhaustive des taches du jour à accomplir, y compris le temps imparti et l'ordre d'exécution. 

Mais Monique n'était pas mauvaise, elle était bien consciente des souffrances qu'elle infligeait à son entourage, et, pour sauver son mariage et sa conscience, elle s'était résolue à commencer la fumette.

Ses employés qui se sont réjouis ouvertement en apprenant la nouvelle, auraient dû savoir que les 250 grammes de cannabis trouvés par la police parmi les vêtements de Monique étaient en réalité une tentative avortée de se racheter. Au lieu de saluer cette volonté de repartir sur de nouvelles bases, tout le monde, y compris même son mari selon certaines mauvaises langues, ont sauté de joie et ri en apprenant que Monique risque dix ans de prison.

 

Publié dans Portraits

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Waxist 05/03/2009 09:46

Quel fiasco!!!

Ju l'indien 03/03/2009 14:59

Yop. 250grammes, c'est une reprise en fanfare qd méme...

lau 03/03/2009 04:59

en fait, il s'agit d'une histoire presque vraie, je n'ai fait que combler en donnant des descriptions des personnages que je ne connais pas.Ce qui est vrai, c qu'une directrice d'alliance vient de se faire serrer avec 250 grammes de shit a Manali. Et que cette directrice etait tyrannique et detestee par son staff.

gabo 02/03/2009 20:38

et toi dans cette histoire t'es qui ? joli portrait dans le monde des ferero rocher en tout cas... ah la diplomatie !