On est entre nous, alors disons-le.

Publié le par henzo

 

 

 

 

 

 

 

 

Conférence EDHEC du 31/05/06 intitulée "Gérer des hommes, un défi commun?" en partenariat avec la Marine Nationale. 

 

 

 

 

 

Etaient présents un capitaine de vaisseau à toulon, un ancien militaire devenu ingénieur chez Thalès, un consultant chez EADS (ancien Edhec), un cogérant d’entreprises et leur audience, une quinzaine de personnes. Parmi ces dernières, deux étudiants très « vieille France » ; je me suis dis qu’ils venaient sûrement d’une école militaire en voyant la façon dont ils faisaient si docilement la boîte à rire. Sinon, on recensait surtout des étudiants solidaires du meneur de ce projet, pas trop concernés mais toujours très bon public.

 

 

 

La conférence débute sans surprise, avec les intervenants qui, l’un après l’autre et de gauche à droite, proposent leur définition du « leadership ». On s’exerce aux aller-retours entre l’armée et le civil, de façon plus ou moins habile :

 

 

 

« …c’est très différent ; dans l’Armée on expose des vies ! alors que dans le privé,[il ne s’agit] que[de]produire et faire du profit. »

 

 

 

 

 

Cette affirmation que l’entreprise n’affecte que des chiffres est réappropriée par le joufflu ancien Edhec, qui en rajoute une couche.

Et puis on glose. On se félicite de tous avoir la même opinion. Arrive le tour du quatrième intervenant, le « civil » de l’autel . Rejetant toubonnement le terme de leader, auquel il préfère « capitaine » ou « chef », il balance à son tour sa définition :

 

 

 

            « le capitaine, celui qui est seul entre les hommes et Dieu. »    

 

 

 

 

 

Pas de réaction. Il continue donc, en baissant moins la voix en fin de phrase :

 

 

 

« L’Autorité a disparu en France. Elle a commencé à décliner il y a 200 ans quand on a commencé à couper des têtes.[…]C’est pourquoi beaucoup d’entre vous veulent partir à l’étranger ».

 

 

 

 

 

Son exposé passe inaperçu, récoltant même quelques acquiescements. Maintenant complètement désinhibé, il s’engage alors sur un terrain beaucoup plus consensuel ici, celui de la critique gratuite et humiliante des fonctionnaires. Il exprime son effroi face aux résultats des sondages qui déclarent que 70% des jeunes veulent être fonctionnaires ». Un peu plus tard, une autre phrase me fait sursauter :

 

 

 

            « le chef est compétent ; s’il n’a pas d’autorité, il n’est pas compétent. »

 

 

 

 

 

C’était sûrement un lapsus. Mon voisin pense aussi. Mais comme Freud, j’y accorde de l’intérêt. Cela corrobore tellement son discours religieux prêchant le leader de droit divin ! Et ça correspond aussi tellement bien au brouillard de notre formation qui n’a de palpable que le « book des anciens ». Il faut un label, un titre, et hop ! les ¾ du chemin fait en un chèque… C’est donc bien révélateur mon cher Sigmund !

Enfin, ce même cogérant teigneux clôt le premier round en citant André Charlier, le catho qui a récemment inspiré la création d’une école hors contrat qui refuse la mixité, donc les filles :

 

 

 

« …Soyez des hommes libres, laissez les carrières de fonctionnaires à ceux qui ont un esprit servile. »

 

 

 

 

 

 Les boîtes à rire sont montées à la puissance maximale.

En gentil anglo-saxon, le professeur de gestion des ressources humaines David Weir effectue un cours résumé en éludant les déviances. Je dois être le seul à avoir postulé à l’ambassade. Mais je ne sais pas pourquoi, je me sens un peu masochiste : je suis content qu’il se lâche comme ça, qu’il se révèle dans toute sa noirceur prévisible.

Deuxième round. Au sujet de la formation éventuelle du leader. Inné ? Acquis ? Un peu des deux ? Rien de bien nouveau. Mais une certaine euphorie gagne nos protagonistes au fur et à mesure qu’il descendent la nouvelle génération et le système scolaire français depuis 68. Les deux plus jeunes, l’Edhec et le psychopathe, qui ont respectivement 42 et 43 ans, s’exclament même en cœur :

 

 

 

            « Allez ! soyons ringard ! »

 

 

 

 

 

On pleurniche sur la disparition du service militaire. Je commence à en avoir marre, ça dure depuis déjà une heure et demie…Bon ! J’attends une dernière perle avant de m’éclipser. Pas besoin d’attendre longtemps, puisque notre casseur d’Etat confirme que Dieu s’est réincarné dans le marché pour continuer à désigner les « têtes » :

 

 

 

« On ne détecte pas les chefs, moi-même je ne sais pas le faire ; c’est le marché qui les détecte. »

 

 

 

 

 

Magnifique ! Et je n’ai même pas le temps de rassembler mes affaires qu’il se déchaîne à nouveau :

 

 

 

« Si vous n’avez pas les compétences, vous n’avez pas l’autorité…et vous finissez à la CGT ! »

 

 

 

 

 

Rires. Grandiose. Je ne sais plus si certains ont applaudi, peu importe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Société

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le paresseux 02/08/2006 13:22

désolé, mais je me suis bien marrer à la lecture de ces lignes... et pourtant c est pathétique.
edhec forever...

Cécile Reyes 17/06/2006 18:24

Wahou il fait peur l'article. Il y a vraiment des gens bargeots sur Terre!!Gros bisous frangins