Cyclone en visite

Publié le par henaborty

14 heures : la connexion Internet s’interrompt. Les ordinateurs du bureau restent, grosses machines bêtes et inutiles.  Des bruits de tôle fracassée par le vent retentissent. Les employés oisifs s’amusent encore à regarder du balcon les passants de la rue A.J.C. Bose Road lutter contre leur parapluie fou. Le pantalon retroussé jusqu’aux genoux, cinglés par les bourrasques de pluie, les badauds pataugent jusqu’à l’intersection de Beckbagan, où ils espèrent trouver un moyen de transport.

 

Las, le personnel de l’Alliance française se rassemble autour du poste de télévision. Les nouvelles diffusent en direct les images de la ville plongée dans le chaos. Déjà deux morts. L’alerte a été lancée par les autorités, les habitants sont enjoints à rester chez soi. Puis la télévision s’éteint, moche et encombrante à son tour. D’autres tôles sont arrachées avec fracas. L’atmosphère sombre se refroidit, plus pesante encore.

 

Les tentures publicitaires de l’Alliance finissent par s’envoler, claquant l’air avant de s’affaisser dans l’eau boueuse de la route. Les portes et fenêtres vibrent et forcent sur leurs verrous, comme si un démon allait en surgir.

 

15 heures : nous décidons de rentrer chez nous, avant que le cyclone n’atteigne la ville. A en croire les dernières nouvelles audibles, le cyclone Aila touchera la ville à 16H.

La rue est quasi-déserte, seuls des immondices et des fragments de toutes sortes jalonnent le trottoir. Très vite on abandonne l’idée de s’abriter sous le parapluie désossé et d’éviter les flaques. J’arrache la toile de mon parapluie pour envelopper la sacoche de mon appareil photo.

 

Tout le monde marche au milieu de la voie, pour éviter de se faire écraser par un de ces arbres sans âge qui ornent le bord des routes. Au fur et à mesure de notre avancée, les rangs de piétons grossissent, se nourrissant des arrivants de chaque ruelle. Bientôt, l’avenue n’est plus empruntée que par des hommes et femmes à pieds ; l’eau trop haute noie le moteur des taxis Ambassador  trop téméraires.

 

Si l’atmosphère est ténébreuse, les esprits sont rayonnants, émoustillés par cette belle anarchie. L’effervescence joyeuse se lit sur les visages : les étudiantes s’esclaffent quand l’une d’elles se fait éclabousser par une voiture pressée ; on court en riant après des bus déjà combles, certains le rattrapent, parviennent à placer une pointe de leurs chaussures sur le marche-pied et restent pendus à une poignée, effectuant ainsi le trajet à bout de bras, fouettés par la pluie et frôlant dangereusement d’autres véhicules.

 

Loin de l’ambiance électrique, de l’autre côté de l’avenue, un homme nu marche lentement. L’eau jusqu’aux genoux, il remonte l’avenue à son habitude, sans chercher à éviter les flaques profondes. Sa chevelure elle-même, embrouillée et crasseuse, parait ignorer la pluie cinglante.

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