Sodomy laws : LGBT à Calcutta

Publié le par Henopadhyay


A Delhi, au coeur du tintamarre d'un embouteillage, je suis coincé dans un auto-rickshaw,quand un transexuel met sa main sur mon pubis et me lance dans un anglais approximatif : "Si tu ne me donnes pas de bakchich, je te condamne à être impuissant".

Ainsi sont-ils vus et, souvent, se donnent à voir en Inde : des sorcières qui arpentent certaines avenues le soir ou les wagons de trains, annonçant leur venue par des tintements de grelots et demandant l'aumône. Il faut les craindre, payer pour les éloigner et se préserver d'un terrible sortilège. Pourtant ce vendredi au centre culturel d'Allemagne à Calcutta, les transexuels, aux côtés des lesbiennes, gays et bisexuels, sont les invités d'honneur et montent sur la scène pour animer un dialogue sur les "sodomy laws".

La section 377 du Code Pénal Indien (créé par l'Empire britannique) stipule qu'une "relation charnelle contre-nature" est un crime passible de l'emprisonnement à vie. La relation charnelle pudiquement désignée est la sodomie, qu'elle soit pratiquée dans un derrière masculin ou féminin.
La justification la plus souvent avancée invoque le risque accru de MST. En réalité, et c'est ce que combattent les associations présentes à ce "dialogue", la section 377 est une loi symbolique contre les hommes homosexuels.
Bref, une discrimination à peine voilée commune à de nombreux pays.

Mais si la loi indienne condamne durement l'homosexualité, elle présente "l'originalité" de ne pas faire cas des agressions sexuelles sur mineurs! Elle ne distingue pas non plus la relation homosexuelle - ou plutôt la relation contre-nature - et le viol.

Dans la salle du centre culturel constellée de photographies de statues érotiques de partouzes prises dans des temples hindous, on rapelle amèrement que "les hirjas - working-class male-to-female transgender individuals - sont considérés par les lois morales coloniales comme des "tribus criminelles" qui peuvent être emprisonnées pour le simple fait d'être apparu en public". Dipika Nath, chercheur à l'allure garçonne de Human Rights Watch, déplore que ces anti-démocratiques "sodomy laws" imposées par l'Empire soient aujourd'hui défendues par des Indiens au nom de la préservation des traditions.

On conclut consensuellement que beaucoup de progrès reste à faire pour que la société indienne considère ses minorités sexuelles comme autre chose que des criminels ou des êtres maléfiques.
Mais alors que de jeunes garçons quittent la salle, tirant sur leur petit haut moulant pour qu'il couvre leurs fesses, un homme chauve vêtu d'une traditionnelle curta se lève pour prendre la parole. Il raconte comment des transexuels l'interpellent sur Southern Avenue pour obtenir un bakchich. C'est un fait désagréable que personne n'avait envie d'entendre ce jour-là : comment convaincre le peuple indien de considérer les transexuels comme des êtres humains normaux si eux-mêmes ont intégré qu'ils sont des créatures maudites douées de pouvoirs stérilisants ? 

   

Publié dans Société

Commenter cet article