L'objet,son utilite et sa valeur (inspire de faits reels)

Publié le par hen al'ancienne

C'est l'histoire d'une chaise de bureau, plutot sobre et bien conservee, echouee sur le trottoir de la rue Auguste Gal, quartier populaire et neanmoins niçois.

Il est rare que deux glaneurs se retrouvent face à face, convoitant le meme objet. Ce cas de figure pourrait redonner une valeur marchande à un objet sans proprietaire. Ne voulant pas couper la chaise en deux, les interesses s'en remettraient au mecanisme de l'enchere. A moins qu'ils ne se battent.

Ce jour-là, j'etais seul dans la rue, et la chaise n'eut aucune objection à ce que je l'adopte.

Apres de bons et confortables services rendus dans ma cuisine, cet objet dut envisager un nouveau demenagement. Bien qu'elle n'eut pipe mot, je percevais aisement son inquietude existentielle. Plusieurs mois auparavant, elle n'etait dejà qu'un meuble fatigue, sans local ni utilisateur, et qui n'avait aucun avenir marchand: ni vendeur, ni acheteur à l'horizon. Persuadee qu'ayant perdu sa valeur monetaire, elle n'avait plus rien. Je lui avais redonne vie, mais elle se sentait plus vieille encore aujourd'hui. Elle parcourait sans cesse mes ouvrages d'economie, esperant trouver une perspective de revalorisation par la dimension historique, voire archeologique. Elle enchainait calculs et schemas compliques. Parfois saisie de fievres delirantes, elle se voyait detruire toutes ses semblables afin d'etre rehabilitee en tant qu'objet convoite.

Heureusement, il n'en fallut pas tant. Il suffit de la ramener dans sa rue originelle. Non pas sur le trottoir de droite, qui ne sert qu'a deambuler, mais en face, exposee en devanture d'un magasin d'occasions. Pour s'etre facilement  fait accepter parmi ses comparses de seconde main, il lui a ete remis une decoration qui lui rendit toute sa dignite.

Ce n'etait qu'un simple autocollant qui affichait: 5 euros.

Publié dans Dubitatif

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