premiers pas...

Publié le par gabo


Le premier lieu sur lequel je me suis arrêté à Berlin est le monument de commémoration de la Shoah. Pourquoi ? Le hasard tout simplement. Je n’avais aucune intention de m’arrêter en priorité à cet endroit et je n’ai vis-à-vis du génocide nazi aucun sentiment de culpabilité particulier à apaiser. Ce champ de blocs noirs parfaitement alignés s’est tout simplement trouvé sur ma route, mais je l’avoue cette coïncidence m’a tout de même surpris et je me suis aussi demandé si je n’avais peut être pas des comptes à régler avec mon inconscient…

Me voici donc à l’entrée du champ, surplombant légèrement le tout, j’observe dubitativement ce quadrillage. La première impression qui me vient est d’être face à un cimetière d’anonymes où les tombeaux, uniformément identiques les uns aux autres, ne se distinguent que par leur hauteur. Je n’éprouve pour l’instant rien de particulier et à vrai dire je ne m’attendais pas à ressentir quoi que ce soit. Par moments j’aperçois d’où je suis la silhouette de gens qui vont et viennent entre ces blocs. Souhaitant poursuivre ma petite balade à travers Berlin, je me lance également dans une des tranchées du quadrillage afin de gagner l’autre coté du champ et ainsi continuer en direction de la porte de Brandebourg.

Je domine les premiers blocs et je peux donc facilement, par un simple regard de coté au dessus des « tombeaux », savoir si je vais rencontrer quelqu’un au prochain croisement. Mais progressivement les blocs gagnent en hauteur et le chemin étant en pente, je suis à chaque pas un peu plus petit, entouré par ces volumes noirs qui me surplombent maintenant à leur tour. Je me sens ralentir, je perds de l’assurance. Mon champ de vision est désormais réduit au long couloir rectiligne que j’emprunte, je ne peux rien maîtriser de plus. A chaque croisement la même interrogation revient : y a-t-il quelqu'un qui va déboucher sur ma droite ou sur ma gauche ? De temps à autres, quelques blocs plus loin, une personne passe furtivement dans une tranchée perpendiculaire à la mienne. Il m’est maintenant impossible de marcher sans la peur d’une collision…

L’expérience du cheminement à travers ce champ de « tombeaux » m’a laissé avec une toute autre impression que celle initiale d’un simple cimetière d’anonymes. Il ne fallait donc pas seulement se contenter de regarder ce tout de l’extérieur, il fallait également le parcourir de l’intérieur pour en saisir l’intérêt. Il y a probablement une multitude d’interprétations possibles de cette expérience et il y a surement aussi de nombreux enseignements à en tirer. Libre à chacun d’y comprendre ce qu’il peut, l’essentiel étant de s’essayer au trajet.

Publié dans Société

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