Un autre monde

Publié le par hen al'

 

 

En 1895, les EU et l’Espagne s’accordent pour signer les traités de Paris instaurant l’indépendance de Cuba. Cuba n’était pas convié à la fête. En effet, grâce a l’amendement Platt que les USA ont imposé à Cuba, cette indépendance avait plus le parfum d’un transfert de propriété de l’Espagne aux ricains que d’une libération. C’est par exemple grâce à cet amendement que le pays de la democracy a pu imposer son énorme base militaire Guantánamo. C’est aussi le même ingérant qui a évincé Máximo Gomez du pouvoir, car il n’avait pas un sens assez aigu des intérêts américains et était trop noir... Il est donc ensuite normal que le peuple cubain se démène pour se libérer de son puissant voisin, pour le meilleur et pour le pire.

C’est dans la même logique que le Monde Diplomatique se répand lascivement sur les tentatives actuelles d’ingérence de la part des USA. Dans son article “Demain, Cuba...”, Maurice Lemoine fait parler le président du Parlement cubain : “Tant qu’existera cette politique, il y aura des personnes impliquées, qui conspirent avec les Américains, qui acceptent leur argent, et (...) je ne connais aucun pays qui ne qualifie une telle activité de délit »  En effet, les USA reconnaissent apporter un soutien matériel et financier aux « dissidents » de Cuba. Et il est légitime de craindre les intentions des libérateurs ricains. Mais pourquoi ignorer si royalement le même soutien qu’apporte le gouvernement castriste au PRD, parti populiste mexicain qui rêve d’un Cuba au Mexique ? Pourquoi conclure l’article en exaltant les forces vives du pays alors qu’elles n’ont aucune existence réelle à Cuba ? Espionnés, lobotomisés, emprisonnés, les démocrates cubains n’ont que peu d’avenir. Les Etats-Unis ne seront certes pas les sauveurs de Cuba, mais ce n’est pas non plus l’Etat cubain qui favorisera un quelconque dynamisme politique interne. Ce Cuba qui emprisonne les journalistes, qui interdit Internet, qui fait l’appel à chaque manifestation organisée pour mieux surveiller les absentéistes, n’autorisera pas une transition démocratique.

 

Dès lors, cette logique du Monde Diplomatique qui consiste à considérer l’ennemi de son ennemi comme son ami est de courte vue. Pourquoi ne faire témoigner que des habitants qui ne veulent pas quitter l’île alors que la réalité que l’on rencontre sur place est tellement différente? Presque  tous les habitants de l’île que j’ai rencontré n’aspirent qu’à s’enfuir : prêt(e)s à se marier avec n’importe quel(le) étranger(e), la prostitution du temps de Batista est loin d’être révolue.

 

Si le début de règne de Castro a été salutaire pour l’indépendance du pays, la réforme agraire, l’alphabétisation, le droit au logement, la lutte contre le chômage, contre la discrimination… Ses erreurs de gestion et son éloignement des préoccupations du peuple sont aujourd’hui frappants. Il existe un double système monétaire et économique à Cuba. Pour les cubains, il y a la libreta, carnet de rationnement pour acheter le minimum vital à des prix (à l’origine) très bas. Originalement car, avec les difficultés économiques du pays, les prix augmentent sans que les salaires ne suivent. En touchant le salaire minimum, le cubain ne peut pas se permettre un soda, ou encore moins un paquet de cigarettes mensuel. En dehors de ce rationnement, il existe aussi un « marché libre », où il est possible d’acheter des produits agricoles de saison à un prix plus élevé. Le rationnement n’étant plus suffisant, les habitants perdent du pouvoir d’achat à se fournir sur le marché libre. Ce premier système fonctionne avec la monnaie nationale non convertible : les pesos cubanos.

 

Le système parallèle est étudié, en apparence, pour tirer profit au maximum du tourisme. Par exemple, quand Ignacio Ramonet vient se ressourcer dans les plus grands hôtels de la Havane , la facture, qu’il ne voit jamais, est rédigée en équivalent dollar. Pour entrer dans un bar, prendre un taxi, manger au restaurant, boire un café correct et même acheter du rhum, des cigarettes, un soda, du lait ou n’importe quel produit manufacturé, il faut s’acquitter d’une note en dollars. Et au lieu de privilégier l’habitant, ce système permet au touriste (ou au riche militaire) de bénéficier de plus de droits. Des exemples : les rationnements de lait sont tellement insignifiants que les cubains doivent en acquérir sur le marché en dollars, à un prix supérieur au tarif européen. Le réseau de transport en commun est quasiment inexistant, surtout en dehors de la capitale. Donc seul le touriste est autorisé à se déplacer en empruntant des taxis dont le compteur défile à une vitesse rédhibitoire. A l’entrée des boites de nuit, vous trouverez toujours de belles négresses qui tenteront de vous charmer. Ce ne sont pas forcément des prostituées, seulement des filles qui ont envie d’aller danser. Mais leur nationalité et surtout leur couleur de peau leur interdit l’entrée, à moins d’être aux bras d’un étranger. De même, les cubains sont interdits d’hôtel, seul lieu où l’on peut avoir un accès internet. Ca rappelle l’époque d’avant révolution, où les plages, toutes privées, sont interdites aux habitants de l’île. Ignacio peut aimer Cuba, il ne les voit pas vivre !

 

 

 

Des cubains sont encore en prison pour possession de dollars, bien que ce soit maintenant légal depuis longtemps. Il existe donc une activité nationale érigée en comportement citoyen : le jineteo. Il s’agit de faire cracher au maximum l’étranger. En effet, le dollar est devenu indispensable pour subvenir aux besoins de la vie quotidienne, alors que les salaires sont versés en pesos cubanos (le salaire mensuel moyen est de 10 euros). Pour ce faire, les méthodes privilégiées sont la prostitution et l’escroquerie. Ce ne sont pas des régiments de femmes sur le Marecon (promenade des anglais cubaine), mais toute femme qui parvient à séduire un étranger. Si vous laissez traîner un regard, elle viendra à votre rencontre et, moyennant quelques dollars, le mari ne sera pas jaloux. Le bon côté de leurs méthodes est que la violence est rare. Le mauvais côté est qu’il est impossible de vivre comme un local. Il existe un consensus pour nous faire payer 20 fois plus cher et nous refiler de la mauvaise marchandise. Les gens vous abordent avec un grand sourire, vous récitent la phrase française qu’ils connaissent : «  Mon ami vit près de la Tour Eiffel  » puis vous sondent habilement pour établir ce qu’ils peuvent tirer de vous. Et même si vous avez la chance de rencontrer un cubain à peu près désintéressé, il sera de toute façon considéré dans la rue comme un veinard qui a dégoté une source et sera soumis à une forte pression par son entourage. Les cubains n’ont d’ailleurs pas le droit d’héberger un étranger et encourent le risque d’une amende de 1500 dollars par personne hébergée. En gros, les amitiés internationales sont prohibées à Cuba.

 

 

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Johannes 07/01/2007 06:09

Je revais d'un autre monde...Où la terre serait ronde....Où la lune serait féconde...(c'est pas de moi :-D)++Jo