Micro-histoires (3)

Publié le par Bhalolagbe

Delhi – Riche et pauvre                                                               

Départ de l’ambassade après un cocktail un peu arrosé. Par civilité, nous proposons à Mme X, femme du patron de LV Inde et Asie, de la déposer chez elle.  En échange, elle nous divertit sans le savoir pendant tout le trajet :

- Sachant que je partais en Inde, je me suis acheté des dizaines de cartons de livres –enfin des dizaines de livres sur l’Inde. Tiens d’ailleurs, vous avez lu « La recherche de l’équilibre » ?

- Non…

- Enfin, de toute façon, mon Guru m’a dit qu’il ne fallait pas lire sur l’Inde avant d’arriver à Delhi. Vous imaginez tous ces livres que j’ai achetés pour rien ?!

 

Delhi – Riche et pauvre (2)

Toujours Madame X, assise sur le siège passager de notre taxi, se contorsionnant de temps à autre pour jeter un coup d’œil à ses interlocuteurs :

- Mon cœur est encore en Chine... Là-bas, au moins, ils ont la FACE ! crie-t-elle presque en passant la main devant son visage. Les pauvres sont cachés ! Ici, tu vois – on peut se tutoyer ?...

- Oui, bien sûr. Elle ne s’adresse qu’à mon chef.

- Tu sors d’une soirée à 500 euros –enfin là je dis n’importe quoi, tu veux rentrer tranquillement chez toi et tu vois des lépreux qui dorment sur le trottoir des grandes avenues ! C’est horrible, HORRIIIIBLE!

 

 

Digha –esprit bovin

Pour promouvoir le développement durable dans les milieux ruraux, le gouvernement local a expliqué qu’il interdisait l’utilisation de sacs plastiques pour sauver les vaches de l’étouffement.

La démocratie à l’indienne prend les vaches pour de sacrées connes !

 

Digha – Sati

Pression familiale

Pendant une dispute dont je ne saisis pas les enjeux,  opposant Sati et sa belle-mère au sujet d’une petite fille. Rêveur, je regarde couler les flots de paroles insensées que s’échangent les deux femmes quand Sati se tourne brusquement vers moi :

« N’est-ce pas Laurent, que 12 ans c’est trop jeune pour se marier ? »

 

Calcutta –Sati

Censure

Sati, la très belle femme de notre concierge, s’est inventée femme de ménage chez nous afin de compléter le maigre revenu de son mari.

A la pause thé, dans notre salon, Sati m’explique que notre chaton l’empêche de travailler tranquillement. Assise dans un fauteuil, elle prend alors le bas de son sari et le relève pour me montrer les dégâts causés par le chat joueur, dévoilant jusqu’aux genoux ses jambes dorées.

Mais à peine ai-je le temps de voir la déchirure du tissu que la fille de Sati - Rumpie, 5 ans – délaisse son jouet et vient rabattre d’un geste vif le tissu sur les jambes de sa maman. Son regard sévère nous a poussé à retourner vaquer à nos occupations.

 

Calcutta - Sati

Noire

Sur le téléphone portable de Chandon, Sati me montre une photo de la femme avec qui son mari la tromperait. On y voit une femme déjà ridée, au visage bouffi, aux sourcils broussailleux et au nez épaté. Ne sachant pas dire « laide » en bengali, je désigne le visage sur le cliché en faisant une grimace explicite. Elle acquiesce avec dégoût :

« Oui, je sais, elle est très noire. »

 

Calcutta – Muslim bikers

Au feu rouge, trois barbus sur une moto « Glamour » de Hero Honda ne portent que leur couvre-chef de prière. Les agents de police postés au carrefour se tournent consciencieusement pour ne pas voir qu’ils n’ont pas de casque.

Akhter baisse la vitre de sa voiture et leur lance :

«  Moi aussi je suis musulman, mais je ne porte le chapeau de prière que pour la mosquée, et sur la moto je mets un casque pour ne pas mourir… »

Le feu passe au vert, la moto démarre avec ses passagers casqués.

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Publié dans Portraits

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Alexandre 30/04/2010 22:00



Très intéressant, je vais en devenir fan.


Alex, www.monblogdanslemonde.com



Ju l'indien 22/02/2010 14:54


Yop,
tjrs très cool d'avoir qlq minutes d'évasion en lisant cela.
Sati m'a déjà charmé...