portrait de galere : La Caution

Publié le par hen al'

Rencontre avec les rappeurs de La Caution à Mexico DF lors de leur tournée sud américaine.

La BO d’Ocean Twelve avec Thé à la menthe, Sheitan, les clips Kourtrajme, Code Barre, Des casquettes grises, Comme un sampler …Ces 6 garçons de Noisy-le-Sec, 9-3, font de la musique « pointue populaire », si on s’en réfère à l’étiquette. Ce sont aussi des trentenaires assagis, à l’hygiène de vie relativement saine et aux idées bien arrêtées.

 

Ce qui suit se produit le premier soir, en attendant l’ingénieur du son qui a 2h de retard. Il y a, à l’heure où j’écris, 3 jours de cela. Depuis, nous avons eu l’occasion de faire des super soirée d’expats, de rester coincés à 9 pendant 1h dans un ascenseur plongé dans l’obscurité et de faire les touristes un peu partout.  

 Dans le centre grelottant de Mexico, autour de 4 bières et 4 jus de fruits. Fab, DJ de 41 ans, noir, résident Suisse, a le front posé sur le bord de la table, le regard fixé sur sa PSP. Il ne participera à aucune conversation, confiant qu’il se languit de sa femme.

On cause Nip Tuck, The Shield, le Roi Heenok… J’apprends que Mohamed, chanteur de la Caution est partie prenante des interviews de notre héros québécois. Il m’annonce dans la foulée la sortie imminente d'un documentaire du psychopathe sympathique ; soyez aux aguets !  

 

 

 

Ahmed, l’autre chanteur principal, commence à exposer sa vision politico philosophique. Amorçant son discours avec le classique « la démocratie ne convient pas à tous les pays », il révèle rapidement un point de vue beaucoup moins policé. Il explique d’abord que la démocratie ne peut être que postérieure au développement. Mieux qu’une quelconque justice, notre freestyler préfère imaginer une « armée surpuissante » pour gérer la société civile et assurer sa stabilité. Puis, si l’on écoute ce pourfendeur de la laïcité, la démocratie n’apporte finalement rien de bon : « Si c’est pour qu’elle déclenche des guerres, mieux vaut mettre la liberté d’expression de côté ».

 

Il se lance ensuite dans une démonstration hasardeuse de l’impuissance de la démocratie pour aboutir à des conclusions terrifiantes. Mélangeant des notions de destinée et des références évasives à Platon, il dit prôner la sélection « naturelle », juste et salutaire. Même Malthus n’aurait pas osé : « quand on est pauvre, c’est qu’on a quelque chose dans la tête qui ne marche pas ! ». Donc, a contrario, la recherche de justice sociale est, sinon nuisible, en tout cas stérile : « Les pauvres ont toujours existé, avant c’étaient les serfs, maintenant ce sont les RMIstes et les SMICars ». Donc rien ne sert de lutter : mener «des politiques sociales, construire des écoles et favoriser le tissu associatif ne servent  à rien ».

Pourquoi ? Quelle mouche fasciste l’a piqué ? Est-ce sa façon d’accepter l’état des choses, lassé de se heurter au mur sans visage de l’injustice ?Quoiqu’il arrive, la révolution ne récupérera pas La Caution.

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simon 05/01/2007 03:28

Fruit d'une conscience urbaine assagie, le groupe de "rap-conscient" La Caution se trouvâte ainsi que ses idées, rapidement démonté autour d'un apéro par un groupe d'expatriés français en pérégrination sur un autre continent. Qu'en penser ? je n'en sais rien...